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Le jeu des triangles (pensée systémique)

Le jeu des triangles (pensée systémique)

Vivre physiquement les interdépendances, les effets en cascade et les limites du pilotage linéaire.

Durée · 15–30 min
Participants · 10–50
Niveau · Débutant

Le jeu des triangles est un exercice de pensée systémique issu de The Systems Thinking Playbook de Linda Booth Sweeney et Dennis Meadows. Il fait vivre aux participants un système d’interdépendances simples : chacun ajuste sa position en fonction de deux personnes choisies en secret. Le groupe observe qu’un mouvement individuel peut produire des réajustements collectifs, parfois jusqu’à une stabilisation. L’exercice sert à ouvrir une discussion concrète sur les effets en cascade, les points de levier et l’impossibilité de contrôler un système complexe depuis un seul point.

Déroulé

  1. 1

    Préparer l’espace et poser le cadre

    3 min

    L’animateur fait dégager un grand espace sans tables, chaises ni sacs au sol, puis invite les participants à se répartir debout dans toute la zone. Il annonce : « Nous allons expérimenter un système vivant, sans parler et sans chercher à gagner. Votre sécurité prime : marchez, ne courez pas, gardez de la distance. » Les participants se placent de manière dispersée. Cette mise en espace permet d’éviter les collisions et de rendre visibles les mouvements collectifs.

    Astuce — Prenez trente secondes pour vérifier les angles morts, câbles et obstacles : dans ce jeu, les participants regardent souvent leurs repères plutôt que le sol.

  2. 2

    Choisir secrètement deux repères

    2 min

    L’animateur demande à chacun de choisir mentalement deux autres personnes dans le groupe, sans les nommer, sans les regarder trop ostensiblement et sans les prévenir. Il précise : « Ces deux personnes seront vos points de repère pendant l’exercice. Gardez ce choix secret jusqu’à la fin. » Chaque participant mémorise ses deux repères. Le secret est essentiel : il empêche la coordination explicite et crée un réseau d’interdépendances invisible.

    Astuce — Si quelqu’un hésite, dites-lui de choisir simplement deux personnes qu’il voit bien ; évitez que le groupe attende une sélection parfaite.

  3. 3

    Lancer le mouvement d’équidistance

    5 à 8 min

    Au signal, l’animateur donne la consigne complète : « Déplacez-vous pour être à égale distance de vos deux repères. Vous pouvez chercher à former un triangle équilatéral, ou plus simplement rester équidistant des deux personnes choisies. Tout le monde bouge en même temps, en silence et en marchant. » Les participants ajustent leur position en continu. L’animateur observe sans corriger les stratégies, car l’intérêt est de voir le système s’auto-organiser.

    Astuce — Rappelez calmement « équidistant, pas aligné » si plusieurs personnes se placent entre leurs repères ; ne donnez pas de solution géométrique, laissez l’apprentissage se faire par le corps.

  4. 4

    Observer une éventuelle stabilisation

    3 à 5 min

    L’animateur laisse le mouvement se poursuivre tant que le groupe cherche encore sa place. Si le mouvement ralentit, il dit doucement : « Continuez à ajuster jusqu’à sentir que votre distance aux deux repères est correcte. » Le groupe peut se stabiliser complètement, partiellement, ou rester en mouvement. L’animateur invite chacun à noter intérieurement ce qu’il ressent : facilité, frustration, dépendance aux mouvements des autres.

    Astuce — Ne cherchez pas à obtenir une stabilisation parfaite : l’absence de stabilité est aussi un résultat très riche pour parler de dynamique systémique.

  5. 5

    Déplacer une seule personne

    3 à 5 min

    Quand le groupe semble ralenti ou stabilisé, l’animateur s’approche d’une personne et lui demande de se déplacer de quelques pas vers un autre endroit de l’espace. Il annonce seulement : « Nous allons modifier un élément du système ; les règles restent identiques. » La personne déplacée ajuste ensuite sa position comme les autres, et tout le groupe réagit selon ses propres repères. Les participants constatent que le déplacement d’un seul élément peut relancer une cascade de mouvements.

    Astuce — Choisissez une personne située plutôt au centre visuel du groupe : l’effet de propagation est souvent plus lisible pour les observateurs et pour les joueurs.

  6. 6

    Arrêter l’exercice et revenir au calme

    2 min

    L’animateur stoppe l’exercice d’une voix claire : « Stop, restez exactement où vous êtes et regardez la configuration du groupe. » Il laisse quelques secondes de silence pour que chacun observe les positions finales. Puis il invite les participants à relâcher leur posture et à revenir en cercle. Cette transition évite de passer trop vite à l’analyse et permet d’ancrer l’expérience vécue avant de la verbaliser.

    Astuce — Demandez de rester immobile avant de revenir en cercle : la photographie mentale du système aide beaucoup le débrief.

  7. 7

    Débriefer les apprentissages systémiques

    7 à 10 min

    L’animateur ouvre le débrief par des faits observables : « Qu’avez-vous vu bouger ? Qu’est-ce qui a déclenché vos propres déplacements ? » Il relie ensuite les réponses aux notions d’interdépendance, d’effets en cascade et de points de levier. Il insiste sur le fait que personne ne pilotait l’ensemble, même si chacun suivait une règle simple. Le groupe traduit enfin l’expérience vers ses organisations, projets ou changements en cours.

    Astuce — Commencez par les sensations et observations avant les concepts ; sinon les participants intellectualisent et perdent la force de l’expérience physique.

Variantes

  • Faire une première manche avec la consigne stricte de chercher un triangle équilatéral, puis une seconde avec la consigne plus simple de rester équidistant. Comparez en débrief l’effet du niveau d’exigence sur la fluidité et la stabilisation.
  • Désigner quelques observateurs extérieurs pendant la manche. Ils ne connaissent pas les repères choisis et notent seulement les mouvements, les ralentissements et les relances, puis partagent ce qu’ils ont vu au débrief.
  • Rejouer une courte manche après le premier débrief en demandant aux participants de remarquer consciemment leurs dépendances. Cette reprise permet de distinguer ce qui change quand le système est mieux compris, même si les règles restent identiques.

Guide de débrief

  • À quel moment avez-vous pris conscience que vos propres mouvements dépendaient des mouvements d’autres personnes ?
  • Qu’est-ce qui s’est passé dans le système quand une seule personne a été déplacée ?
  • Qui contrôlait réellement le résultat final, et qu’est-ce que cela dit du pilotage d’un système complexe ?
  • Quels effets en cascade avez-vous observés ou ressentis pendant l’exercice ?
  • Dans vos projets ou votre organisation, quels sont les équivalents de ces repères invisibles qui orientent les comportements ?
  • Où pourraient se situer des points de levier : sur une personne, une règle, une information, une relation ou autre chose ?
  • Qu’est-ce que cet exercice change dans votre manière d’aborder un changement collectif ?