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20/20 Vision

20/20 Vision

Prioriser des fonctionnalités par comparaisons successives, comme chez l’opticien : laquelle est la plus nette ?

Durée · 30–60 min
Participants · 3–10
Niveau · Débutant

20/20 Vision est un jeu d’innovation de Luke Hohmann, issu des Innovation Games, inspiré de l’examen de vue chez l’opticien. Le groupe compare des cartes représentant des fonctionnalités ou des bénéfices, deux par deux, pour construire un ordre de priorité strict. Le jeu sert à faire émerger ce qui compte vraiment pour les participants et les critères qu’ils utilisent pour arbitrer. Il fait vivre une priorisation collective concrète, où chaque décision doit être justifiée par rapport aux cartes déjà classées.

Déroulé

  1. 1

    Cadrer l’objectif et le périmètre

    5 min

    L’animateur rappelle le sujet à prioriser et précise que chaque carte représente une fonctionnalité ou un bénéfice. Il dit : « Notre objectif est d’obtenir un classement strict, sans ex æquo, en comparant les cartes deux par deux. À chaque choix, nous chercherons moins à avoir raison qu’à rendre visibles nos critères de priorité. » Les participants valident que le périmètre est clair et que les cartes parlent bien du même produit, service ou enjeu. Cette étape évite de mélanger des niveaux trop différents et prépare des arbitrages utiles.

    Astuce — Formulez le critère de priorité de départ de manière ouverte, par exemple « plus important pour réussir » plutôt que « plus rentable », sauf si l’atelier doit explicitement prioriser selon un critère unique.

  2. 2

    Préparer et présenter les cartes

    5 à 10 min

    L’animateur distribue ou affiche les cartes, une idée par carte, avec un intitulé compréhensible par tous. Il vérifie rapidement que personne ne bloque sur le sens d’une carte : « Si une carte est ambiguë, nous la clarifions maintenant en une phrase, sans commencer à la défendre. » Les participants peuvent demander une reformulation factuelle, mais pas encore argumenter sur l’importance. Les cartes sont ensuite mélangées ou mises en pile, prêtes à être examinées une par une.

    Astuce — Si une carte contient deux idées, faites-la scinder avant le jeu ; sinon le groupe débattra de la moitié qu’il préfère et le classement deviendra instable.

  3. 3

    Installer la première carte de référence

    3 min

    L’animateur prend la première carte et la place au centre de l’espace de classement, visible de tous. Il explique : « Cette première carte n’est pas encore la plus importante ; elle sert simplement de point de départ. Les cartes suivantes seront placées au-dessus si elles sont plus importantes, au-dessous si elles le sont moins. » Les participants observent sans chercher à discuter longuement cette première position. Le classement commence volontairement de façon simple pour lancer rapidement la dynamique.

    Astuce — Ne laissez pas le groupe choisir longuement la première carte : cela crée un faux enjeu. Prenez simplement la première de la pile ou une carte tirée au hasard.

  4. 4

    Comparer la deuxième carte

    5 min

    L’animateur révèle la carte suivante et la lit à voix haute. Il demande : « Par rapport à la carte déjà posée, celle-ci est-elle plus importante ou moins importante ? » Le groupe échange brièvement, puis décide de la placer au-dessus ou au-dessous de la première carte. L’animateur reformule la raison principale entendue, car c’est souvent le premier indice du critère de priorité du groupe.

    Astuce — Quand deux arguments se répètent, demandez : « Quel critère utilisez-vous ici ? impact client, risque, valeur métier, urgence, autre chose ? » Cela transforme la discussion en apprentissage.

  5. 5

    Insérer chaque nouvelle carte dans le classement

    15 à 30 min

    Pour chaque nouvelle carte, l’animateur la compare aux cartes déjà classées, une paire à la fois, jusqu’à trouver sa place. Il dit : « Comparons uniquement ces deux cartes : laquelle est la plus importante pour notre objectif ? » Selon la réponse, la carte monte ou descend dans la liste, puis elle est comparée à la carte voisine suivante si nécessaire. Les participants doivent aboutir à un ordre strict, sans ex æquo : chaque carte occupe une position unique.

    Astuce — Empêchez les débats globaux du type « elle est dans le top 3 ». Ramenez toujours à une paire précise : « Entre A et B maintenant, laquelle passe devant ? »

  6. 6

    Stabiliser l’ordre final

    5 à 10 min

    Quand toutes les cartes sont placées, l’animateur relit le classement de haut en bas. Il demande : « En regardant l’ordre complet, y a-t-il une inversion évidente à corriger ? Si oui, nous la testons par comparaison directe, pas par impression générale. » Les participants peuvent proposer des ajustements, mais chaque changement doit rester cohérent avec la règle de comparaison paire à paire. Le groupe confirme ensuite l’ordre final comme résultat partagé de l’atelier.

    Astuce — Limitez cette phase : une ou deux passes suffisent. Si le groupe rouvre tout le classement, c’est souvent que le périmètre ou le critère de priorité n’était pas assez clair.

  7. 7

    Faire émerger les critères et conclure

    7 à 10 min

    L’animateur met le résultat en perspective : « Le classement est utile, mais les raisons de vos arbitrages le sont tout autant. Qu’avons-nous privilégié sans toujours le dire ? » Il note les critères apparus pendant les comparaisons : valeur perçue, urgence, risque, effort supposé, bénéfice utilisateur ou autre critère cité par le groupe. Les participants identifient les décisions que ce classement rend possibles. L’animateur clôt en précisant les prochaines étapes : validation, transformation en backlog, arbitrage sponsor ou expérimentation.

    Astuce — Photographiez ou exportez le classement final avec les critères clés notés à côté ; sans cette trace, le groupe se souviendra du rang mais oubliera pourquoi il l’a choisi.

Variantes

  • Variante critère unique : avant de commencer, l’animateur impose un angle de comparaison, par exemple « plus important pour l’utilisateur cible » ou « plus important pour atteindre l’objectif métier ». Cela réduit les débats, mais rend visibles les priorités selon un seul prisme.
  • Variante multi-groupes : avec plusieurs sous-groupes de 3 à 10 participants, chaque groupe classe le même jeu de cartes, puis compare les écarts entre classements. Le débrief porte alors sur les divergences de critères et les décisions à aligner.
  • Variante rapide : limiter le nombre de cartes aux éléments les plus discutés ou les plus proches en importance apparente. Cette version convient quand l’objectif est de trancher un sous-ensemble plutôt que de prioriser tout un portefeuille.
  • Variante à distance : utiliser un tableau blanc collaboratif avec une carte par note repositionnable. L’animateur partage son écran, déplace les cartes après chaque comparaison et verbalise systématiquement la paire en cours pour éviter que le groupe ne débatte de toute la liste à la fois.

Guide de débrief

  • Quels critères avons-nous réellement utilisés pour décider qu’une carte était plus importante qu’une autre ?
  • À quel moment avons-nous eu les désaccords les plus utiles, et qu’ont-ils révélé ?
  • Quelles cartes ont changé notre manière de penser la priorité en cours de jeu ?
  • Le classement final reflète-t-il plutôt la valeur utilisateur, la valeur métier, l’urgence, le risque ou un mélange de ces dimensions ?
  • Quelle décision concrète pouvons-nous prendre maintenant grâce à cet ordre strict ?
  • Qu’est-ce qui devrait être vérifié auprès d’utilisateurs, de clients ou de parties prenantes avant d’agir sur ce classement ?