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Perdus en mer (Lost at Sea)

Perdus en mer (Lost at Sea)

Décider par consensus sous contrainte et mesurer concrètement la valeur ajoutée du collectif.

Durée · 45–60 min
Participants · 4–30
Niveau · Débutant

Perdus en mer est un exercice classique de décision par consensus conçu par Paul M. Nemiroff et William A. Pasmore. Les participants se projettent dans un canot de sauvetage, après l’incendie de leur bateau, loin de toute terre, avec 15 objets rescapés à prioriser. Le jeu fait vivre une décision individuelle puis collective, sans vote ni moyenne, avant comparaison avec un classement d’experts des garde-côtes américains. Il sert à observer les mécanismes de consensus, d’influence, d’écoute et de synergie d’équipe.

Déroulé

  1. 1

    Installer le cadre et le scénario

    5 min

    L’animateur présente l’objectif : expérimenter une prise de décision collective, puis comparer les résultats individuels et d’équipe. Il lit le scénario : « Votre bateau a pris feu. Vous dérivez dans un canot de sauvetage au milieu de l’océan, loin de toute terre. Vous avez récupéré 15 objets : votre survie dépend de leur ordre de priorité. » Les participants écoutent sans débattre. Précisez que l’enjeu n’est pas maritime, mais la qualité du processus de décision.

    Astuce — Insistez dès le départ sur le mot « processus » : cela évite que les participants vivent l’exercice comme un simple quiz de survie.

  2. 2

    Classement individuel des 15 objets

    10 min

    Distribuez à chaque participant la liste des 15 objets et une grille de classement individuel. Donnez la consigne : « Classez seul les 15 objets de 1 à 15, 1 étant le plus important pour survivre, 15 le moins important. Ne discutez pas, ne cherchez pas sur Internet, notez votre raisonnement. » Chacun travaille en silence. L’objectif est d’obtenir une décision personnelle claire, qui servira ensuite de point de comparaison avec la décision collective.

    Astuce — Chronométrez strictement : si vous laissez trop de temps, les participants cherchent la “bonne réponse” au lieu de révéler leurs intuitions et critères.

  3. 3

    Former les équipes et poser les règles du consensus

    5 min

    Constituez des équipes adaptées à votre effectif, en gardant des groupes assez petits pour permettre la parole de chacun. Expliquez la règle centrale : « Votre équipe doit produire un seul classement commun des 15 objets. Vous ne pouvez utiliser ni vote, ni moyenne arithmétique, ni compromis automatique. Le classement doit être obtenu par consensus : chacun doit pouvoir vivre avec la décision finale. » Les participants peuvent défendre, questionner et modifier leurs positions.

    Astuce — Écrivez visiblement « pas de vote, pas de moyenne » : c’est la contrainte qui déclenche les vrais apprentissages sur le consensus.

  4. 4

    Construire le classement collectif

    20 à 25 min

    Les équipes débattent et remplissent leur grille commune, avec un rang de 1 à 15 pour chaque objet. L’animateur circule et observe les comportements : qui parle, qui tranche, qui reformule, quels arguments sont retenus ou ignorés. Si une équipe bloque, rappelez : « Cherchez une décision que chacun peut accepter, pas une victoire individuelle. » Le but est de produire un classement partagé, tout en rendant visibles les dynamiques d’influence et d’écoute.

    Astuce — N’aidez jamais sur le contenu maritime ; intervenez uniquement sur la méthode, par exemple en demandant : « Qui n’a pas encore exprimé son raisonnement ? »

  5. 5

    Révéler la référence experte et calculer les scores

    10 min

    Distribuez ou affichez la grille de référence des garde-côtes américains, sans détailler ici son contenu : utilisez une source fiable ou le matériel officiel de l’exercice. Chaque participant calcule son score individuel en additionnant, pour les 15 objets, l’écart absolu entre son rang et le rang expert. Les équipes calculent de la même façon leur score collectif. Plus le total est bas, plus le classement est proche de la référence experte.

    Astuce — Faites calculer d’abord en binôme de vérification : les erreurs d’écarts de rang sont fréquentes et brouillent le débrief.

  6. 6

    Comparer les résultats et mettre en évidence la synergie

    5 à 10 min

    Demandez à chacun de noter son score individuel, puis calculez pour chaque équipe la moyenne des scores individuels et comparez-la au score collectif. Expliquez : « Dans cet exercice, le score de groupe est en général meilleur que la moyenne des scores individuels : c’est l’effet de synergie. » Soulignez aussi l’enseignement clé : la référence privilégie les objets de signalisation et de survie immédiate, comme le miroir, le mélange huile-essence, l’eau et les rations, plutôt que la navigation.

    Astuce — Ne célébrez pas seulement le meilleur score : valorisez aussi l’équipe qui a le plus amélioré sa moyenne individuelle, car c’est le vrai indicateur de coopération.

  7. 7

    Débriefer le processus de décision

    10 à 15 min

    Animez le débrief en partant des faits observés : temps de parole, arguments, concessions, blocages et bascules de décision. Invitez les participants à distinguer performance du résultat et qualité du processus : « Qu’est-ce qui vous a aidés à mieux décider ensemble ? Qu’est-ce qui vous a freinés ? » Reliez l’expérience à leurs situations réelles : réunions, arbitrages, décisions sous incertitude. Terminez en faisant formuler un engagement concret transférable.

    Astuce — Revenez à des moments précis du jeu : « À quel instant avez-vous changé d’avis ? » produit des apprentissages plus utiles que des opinions générales.

Variantes

  • Variante courte : limiter le débat collectif à 12 minutes pour accentuer la pression temporelle. Le débrief portera alors davantage sur les raccourcis de décision, les renoncements et la qualité minimale du consensus.
  • Variante observation : désigner un observateur par équipe, qui ne participe pas au classement et note les comportements de décision. Il restitue ensuite des faits concrets : interruptions, reformulations, critères utilisés, moments de bascule.
  • Variante distancielle : utiliser un document partagé avec une colonne individuelle masquée ou séparée, puis une colonne de classement collectif. Les échanges se font en visioconférence, avec interdiction explicite du vote par sondage ou de la moyenne automatique.
  • Variante management : après le score, demander aux équipes de formaliser une charte de décision en 5 principes. Chaque principe doit être relié à un moment vécu pendant l’exercice.

Guide de débrief

  • Qu’est-ce qui a le plus influencé votre classement individuel : intuition, expérience, logique, peur, confiance dans un objet ?
  • Comment votre équipe a-t-elle réellement décidé : par consensus, par influence d’une personne, par fatigue, par expertise supposée ?
  • Quels arguments ont fait changer d’avis le groupe, et pourquoi ont-ils été crédibles ?
  • Qui a été entendu facilement, qui l’a été moins, et qu’est-ce que cela révèle de vos dynamiques collectives ?
  • En comparant score collectif et moyenne des scores individuels, où voyez-vous une vraie synergie ou au contraire une perte de qualité ?
  • Que nous apprend la priorité donnée à la signalisation et à la survie immédiate sur la prise de décision sous incertitude ?
  • Quelle règle de décision collective voulez-vous tester dans vos prochaines réunions à enjeu ?