
Survie sur la Lune (exercice de la NASA)
Un classique du consensus pour comparer décision individuelle, décision collective et référence NASA.
Survie sur la Lune est un exercice de consensus conçu par Jay Hall au début des années 1970. Les participants incarnent un équipage écrasé sur la face éclairée de la Lune, à environ 300 km du vaisseau mère, avec 15 objets intacts à prioriser pour survivre et rejoindre l’objectif. Le jeu fait vivre trois temps : classement individuel, classement d’équipe par consensus, puis comparaison avec une grille de référence attribuée à la NASA. Il sert à travailler la qualité de la décision collective, l’écoute des avis minoritaires et la différence entre consensus et vote.
Déroulé
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Installer le cadre et distribuer le scénario
5 minL’animateur présente l’objectif : « Nous allons observer comment un groupe décide, pas seulement chercher la bonne réponse. » Il distribue le scénario, la liste des 15 objets intacts et une feuille de classement individuel. Il rappelle les données clés : l’équipage est sur la face éclairée de la Lune, à environ 300 km du vaisseau mère, et doit prioriser les objets de 1 à 15. Les participants lisent en silence et posent uniquement des questions de compréhension du scénario, pas de stratégie.
Astuce — Insistez dès le départ sur le fait que le score n’est qu’un support : cela évite que les plus compétitifs écrasent la dynamique d’écoute.
- 2
Réaliser le classement individuel
8 à 10 minL’animateur donne la consigne : « Seul, classez les 15 objets du plus utile au moins utile pour rejoindre le vaisseau mère : 1 signifie le plus important, 15 le moins important. » Il demande de travailler sans échange, pour obtenir une vraie décision individuelle. Les participants remplissent leur grille et peuvent noter brièvement leurs arguments. L’animateur veille au silence et annonce le temps restant à mi-parcours puis une minute avant la fin.
Astuce — Demandez aux participants de garder une trace de leurs raisons : cela nourrit ensuite la discussion et évite les classements faits au hasard.
- 3
Former les équipes et poser la règle du consensus
5 minL’animateur constitue des groupes adaptés à l’effectif, en gardant des équipes suffisamment petites pour permettre à chacun de parler. Il précise : « Votre équipe doit produire un seul classement commun, de 1 à 15. Vous ne votez pas : vous cherchez un accord acceptable par tous. » Il définit le consensus comme une décision que chacun peut soutenir, même si ce n’est pas son premier choix. Les participants s’installent avec une grille d’équipe vierge et leurs classements individuels.
Astuce — Écrivez clairement “pas de vote” au tableau : dès que la pression du temps monte, les groupes reviennent spontanément au vote majoritaire.
- 4
Construire le classement d’équipe
20 à 25 minL’animateur lance le travail : « Comparez vos priorités, écoutez les désaccords, et produisez un classement unique des 15 objets. » Les équipes discutent item par item ou par familles d’utilité, puis inscrivent leurs rangs définitifs. L’animateur circule sans donner d’indice sur la solution ; il relance plutôt par « Qui n’a pas encore parlé ? » ou « Quel argument minoritaire mérite d’être testé ? ». Il rappelle que l’objectif est de décider ensemble, pas d’aller vite à tout prix.
Astuce — Surveillez les experts autoproclamés : invitez-les à formuler des hypothèses vérifiables plutôt qu’à imposer une réponse d’autorité.
- 5
Comparer avec la grille de référence
8 à 10 minL’animateur distribue ou projette la grille de référence attribuée à la NASA, sans la détailler avant la fin du travail. Il indique les repères connus : dans cette référence, les réservoirs d’oxygène et l’eau arrivent en tête ; les allumettes sont dernières, car il n’y a pas d’oxygène pour brûler ; la boussole magnétique est quasi inutile faute de champ magnétique global. Chaque participant calcule son score individuel en additionnant, pour les 15 objets, l’écart absolu entre son rang et le rang de référence. Les équipes calculent ensuite leur score collectif avec la même méthode.
Astuce — Faites un exemple de calcul sur un seul objet avec des rangs fictifs : cela évite les erreurs sans révéler ni discuter toute la correction.
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Lire les résultats et observer la performance collective
5 minL’animateur recueille les scores individuels et les scores d’équipe, puis les affiche simplement. Il rappelle que plus la somme des écarts est faible, plus le classement est proche de la référence. Le groupe observe si la décision collective a amélioré, égalé ou dégradé les décisions individuelles. L’animateur demande : « Qu’est-ce qui, dans votre manière de décider, explique ce résultat ? » pour basculer vers l’analyse du processus.
Astuce — Ne célébrez pas seulement le meilleur score : cherchez aussi l’équipe qui a le plus appris sur sa façon de décider.
- 7
Débriefer le consensus et les comportements
10 à 15 minL’animateur conduit un débrief centré sur les mécanismes de décision. Il explore comment les équipes ont traité les avis minoritaires, les arguments techniques, les désaccords et la pression du temps. Il distingue explicitement consensus et vote : le consensus vise un accord soutenable par tous, alors que le vote tranche une préférence majoritaire. Les participants relient enfin l’expérience à leurs situations réelles de réunion, de projet ou de crise.
Astuce — Revenez à des faits observables : “Qui a parlé ? Qui a changé d’avis ? Sur quel argument ?” Cela évite un débrief trop abstrait.
Variantes
- Variante observateurs : dans chaque équipe, une personne n’intervient pas dans le classement et observe les comportements de décision, notamment la circulation de la parole, le traitement des désaccords et les moments de bascule vers le consensus.
- Variante contrainte de temps : réduisez le temps de discussion d’équipe pour faire apparaître les réflexes de vote, d’autorité ou de renoncement. Débriefez ensuite l’effet de la pression temporelle sur la qualité d’écoute.
- Variante distanciel : utilisez un tableur partagé ou un tableau collaboratif avec une colonne par participant, une colonne équipe et une colonne référence révélée seulement après décision. Demandez aux équipes de travailler en sous-salles et de désigner un gardien du consensus.
- Variante apprentissage approfondi : après le premier calcul, demandez aux équipes d’identifier les trois objets où l’écart avec la référence est le plus fort, puis de reconstituer les hypothèses qui ont conduit à ces choix.
Guide de débrief
- Votre classement d’équipe a-t-il amélioré les classements individuels ? Qu’est-ce qui explique ce résultat selon vous ?
- À quel moment un avis minoritaire a-t-il été entendu, ignoré ou transformé en décision utile ?
- Comment avez-vous fait la différence entre un argument solide, une intuition et une affirmation d’autorité ?
- Avez-vous réellement cherché un consensus, ou avez-vous parfois glissé vers le vote, la fatigue ou le compromis rapide ?
- Qui a influencé la décision collective, et par quels comportements concrets : écoute, expertise, insistance, synthèse, retrait ?
- Que retenez-vous pour améliorer vos prochaines décisions collectives au travail ?